Le tir de barrage vient de se finir. Avec mes camarades je suis assis dans la tranchée et, comme ces derniers j'attends.
Les odeurs de poudre ont réveillé en moi une fièvre immense qui me submerge. Je n'ai qu'une envie sortir de cet endroit.Les gouttes de sueur laissent une trainée sur ma tête couverte de crasse. Mon c½ur s'emballe. Il galope et il frappe de plus en plus fort. Je sens une force incroyable m'envahir. Mais une haine furieuse se met à couler, tels un torrent furieux, dans mon sang. Il faut vite que je sorte car je commence à craquer...
Enfin voilà les gradés qui sortent de leurs stupeurs... Le capitaine s'approche et sort le sifflet de sa poche. Il le porte à ses lèvres. Je me lève. J'ai compris. Enfin je vais sortir. Je veux être le premier. Les échelles qui sont prêtent à nous voir défiler comme des fourmis, nous tendent leurs barreaux de bois et nous indiquent le chemin de la désolation.
En approchant de l'une d'elle, Je bute sur quelque chose. C'est un de mes frères d'armes. Je lui mets un petit coup de pied avec ma godille. Il ne bronche pas et bascule sur le côté. Je ne pouvais pas le voir avant, mais il lui manque la moitié du visage...
Je continue mon chemin. Je m'avance vers l'échelle. Je la prends à pleine main. Prêts à bondir au signal. Le capitaine me regarde et me demande où est mon fusil. Je le regarde et lui montre deux choses : ma baïonnette et une pelle que j'ai modifié. Il ne dit rien il a compris qu'il ne fallait pas me chercher aujourd'hui. En plus il baisse le regard, le couard.
Pourquoi je n'ai pas mon arme à feu ? C'est très simple. C'est lourd, c'est encombrant et cela n'est pas utile. Car là ou je vais-je n'en ai pas besoin. L'enfer de fer et de feu nous est promis. Quand je serai sur le no man's land, comme disent nos camarades anglais, je ne pourrai pas m'en servir car je m'amuserai avec les balles des mitrailleuses allemandes. Une danse mortelle s'en suivra entre elles et moi. Je devrai à tout pris les éviter ; sinon c'est la blessure ou même la mort.